Réflexions hospitalières
N°620 Septembre - Octobre 2024
D’où vient l’anorexie mentale ? Une révolte contre le faux soi
L’anorexie mentale est ici comprise comme une psychopathologie résultant d’un sentiment douloureux d’ignorance de soi-même. L’impossibilité pour le sujet anorexique de savoir et, plus fondamentalement, de sentir qui il est, se traduit par une tentative désespérée de donner corps et forme à une identité nette à travers l’amaigrissement. Mais l’anorexie mentale ne peut, ce faisant, que rigidifier à l’extrême la défense qui est à l’origine de la douleur psychique. La rémission ne pourra ainsi passer, à même de nouvelles expériences du corps et du lien aux autres, que par l’acceptation du retour à un état de vulnérabilité permettant l’assouplissement des défenses et le contact avec le soi profond.
15/10/24
L’anorexie, dite « mentale » pour la dissocier d’une anorexie simple, c’est-à-dire d’une perte d’appétit et de poids liée à une autre maladie psychique ou somatique, se caractérise par une perte de poids délibérée, ritualisée et radicale, à laquelle est finalement indexée la valeur personnelle du sujet. La peur de grossir ou de reprendre les kilos perdus est intense et donne lieu à des idées suicidaires. Les sujets anorexiques persévèrent dans la perte de poids en dépit d’une faim normalement ressentie, comme le montre Hilde Bruch1, et la sévérité des conséquences sur le corps des pratiques d’amaigrissement est déniée. Les anorexiques ne se perçoivent pas comme des sujets malades, puisqu’il en va pour eux d’une démarche extrêmement volontariste, et rationalisée, qui permet à leur sens une forme de survie narcissique.
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