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REGARDS CROISÉS
N°621 Novembre - Décembre 2024
D’hier à demain, quelles perspectives pour notre système de santé ?
Témoins et acteurs de l’histoire récente de la Fédération, Gérard Larcher, président de la FHF de 1997 à 2004 et Gérard Vincent, délégué général de 1998 à 2016 partagent leur analyse des grandes réformes et actions qui ont marqué les 30 dernières années, et leur vision des enjeux et défis à venir.
16/12/24
Pouvez-vous retracer les grandes évolutions connues par la FHF depuis la fin des années 90 ?
Gérard Vincent La FHF est née il y a un siècle de la volonté des dirigeants hospitaliers de l’époque de fédérer les hôpitaux publics pour parler d’une même voix, afin de défendre le secteur, bien sûr, mais aussi et surtout pour proposer les évolutions nécessaires. Elle a accompagné toutes les réformes qui ont abouti à l’hôpital que nous connaissons aujourd’hui et qui constitue une fierté nationale. À partir des années 80, la Fédération a malheureusement traversé une crise qui, sans remettre en cause sa représentativité, a affaibli son image et sa crédibilité en raison d’une attitude plus critique que constructive. Un mouvement de contestation interne au milieu, composé essentiellement des représentants des Conférences de directeurs et présidents de CME, mais aussi des syndicats de praticiens hospitaliers et de directeurs, ainsi que de quelques figures politiques de premier plan, engagées au sein de la FHF, a éclaté brutalement en 1997, aboutissant à la démission du président de l’époque et à l’élection de Gérard Larcher, alors vice-président du Sénat et président de l’union hospitalière de la région Îlede-France, soutenu par la plus grande figure du milieu, Pierre Raynaud, qui avait lui-même été président de la FHF.
Alors à l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales), après avoir passé vingt ans sur le terrain et six années à la tête de la direction des hôpitaux au ministère, j’ai été très fier d’avoir été choisi par Gérard Larcher pour devenir son délégué général, me permettant ainsi de poursuivre mon engagement au service de l’hôpital. Notre entente et notre connivence étaient connues de tous, tant en interne qu’à l’extérieur du milieu hospitalier. Gérard Larcher a apporté dans cette œuvre de refondation de la maison commune son dynamisme, son enthousiasme et sa grande intelligence politique. J’ai eu la chance ensuite de travailler avec de grands présidents – Claude Evin, Jean Leonetti et Frédéric Valletoux – qui, dans des styles différents, ont continué à porter haut et fort les exigences du service public. Le déménagement en 2007 dans les locaux actuels a donné de l’espace aux équipes tout en limitant la capacité à cinquante collaborateurs afin d’éviter le piège de la bureaucratie. L’une de mes plus grandes fiertés a été de voir les Conférences de directeurs et de présidents de CME se réunir à nouveau dans la maison commune qu’ils avaient désertée. En 2006, la création des fédérations hospitalières régionales à la place des grandes unions a permis de rapprocher la FHF de ses adhérents.
Gérard Larcher Comme président de la FHF, une mission dans laquelle je me suis beaucoup investi, j’ai souhaité, en accord avec Gérard Vincent, qu’elle se dote d’un plan stratégique. Celui adopté fin 2001 a été notre feuille de route et il a installé au cœur du débat public le rôle et les missions de l’hospitalisation publique. Il s’agissait ainsi de faire de la FHF, non seulement un acteur de défense de l’hôpital public, mais surtout une force de propositions et d’impulsion de réformes. Nous voulions aussi qu’elle suive le mouvement de décentralisation et de déconcentration de l’État ; donc qu’elle s’articule avec les enjeux territoriaux. C’est ce qui a été fait avec la réforme des statuts en 2006.
C’est dans ce cadre que nous avons voulu développer les actions internationales de la FHF, d’abord pour renforcer, en lien avec l’Agence française de développement, les capacités de nos hôpitaux en matière de coopération internationale vers les pays du Sud ; mais aussi pour se nourrir des expériences, notamment de nos partenaires européens. Je crois beaucoup aux analyses comparatives et aux échanges de savoir-faire. Il ne s’agit pas de copier, ni d’ignorer les cultures nationales, si prégnantes dans le champ santé ; cela permet de savoir ce qui marche ailleurs et ainsi d’éviter des erreurs ; cela permet d’adopter de bonnes pratiques ou de s’inspirer d’innovations qui ont fait leurs preuves.
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